Dimore Studio au Salone del mobile 2016, mystère et décadence…

intermissioni salone del mobile 2016

Je ne sais au juste combien de fois je vous ai déjà parlé ici des stanze di dimore, la galerie du Dimore Studio, cet espace fantastique au cœur du quartier Brera où j’allais auparavant souvent rôder le samedi, avant que son accès ne soit refusé au public et que l’espace d’exposition ne soit transféré dans un appartement attenant. Forcément chaque année au moment du Salon, j’y fais un tour pour voir les nouvelles collections, mue par le désir de revoir cet endroit dément comme par celui de toucher du doigt un peu de cette grandiloquence baroque qui est la signature du duo de designers. Si j’ai toujours adoré le caractère un peu gothique et sans âge de tout ce qu’on rencontre derrière la lourde porte en bois de l’entrée, je dois dire que cette année le Studio a frappé très fort avec une installation au mystère assumé…

salone del mobile dimore studio

Dès le palier on entend la musique pulser. Des basses violentes et vaguement angoissantes qui remplissent les pièces maintenues dans l’obscurité par des lourds rideaux sombres. Tout a été peint en noir: murs, plafonds, fenêtres, radiateurs, une teinte en réalité d’un bleu très sombre détruisant le relief et l’identité de chaque pièce. On tâtonne dans une ambiance de fête macabre, il est impossible de prendre en photo le mobilier, et l’espace semble prêt pour quelque cérémonie orgiaque sur fond d’arabesques, de meubles aux angles durs, de globes surdimensionnés. On ne sait pas trop si on aime mais c’est une expérience unique, pour ma part je pense au thriller de Dominique Maisons lu récemment et je m’attend presque à voir arriver une hôtesse à demi-nue portant un plateau de calices remplis de sang (une pièce noire, quelques basses et ça y est, mon imagination se met à galoper!)

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dimore studio milano

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J’essaye de distinguer le visage des autres visiteurs. Dubitatifs, obsédés par le manque de lumière et rusant pour écarter une tenture et dérober un instant de clarté, ils se suivent dans de petits salons mêlant les époques et qui tiennent à la fois de la maison close et du manoir hanté. Et puis à la fin de l’enfilade, une vive clarté en guise de bout du tunnel, une pièce et les vives couleurs d’un papier peint au motif surdimensionné, et une fenêtre ouverte sur un balcon arboré. Évidemment tous se fixent là, et on voit enfin les visages dans la lumière retrouvée.

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Je ne sais pas si les meubles en verre et métal, les lustres vintage et le velours imprimé me resteront longtemps en mémoire, mais cette sensation d’inconnu dans un espace pourtant familier m’a marqué. Ça tient à la fois du « ils y seraient pas allés un peu fort ? » et du « c’est dément mais j’adore », ça en appelle moins à l’identification qu’à la recherche de nouvelles sensations, c’est vaguement dérangeant mais aussi infiniment plaisant… Et c’est peut-être l’installation la plus aboutie à ce jour d’un duo de créateurs qui a élevé le mélange des genres au rang d’art de vivre!

photos Paola Pansini 

30 avril 2016
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