Entretien avec Laurence Humier, material chef…

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La jeune designer belge Laurence Humier, après avoir voyagé en Europe, au Japon et dans des pays arabes, s’est finalement installée à Milan. A l’origine ingénieur, elle s’est très tôt intéressée aux techniques, aux matériaux, et après avoir produit une série de meubles, dont les meeting chairs aujourd’hui exposées au Moma, elle s’est naturellement dirigée vers la « cuisine des matériaux », méthode d’expérimentation plastique placée au centre d’une réflexion culinaro-moléculaire…

L’idée de ces travaux, c’est de transformer la matière comme les ingrédients d’une recette: couper fin, mélanger, assaisonner, faire cuire… La tendance est de transformer les matériaux les plus traditionnels pour les utiliser sous leurs différentes formes: gazeux, liquide, solide. Mais les résultats d’une recette sont-ils les mêmes quand on remplace la farine par de la sciure? Le verre caramélise-t-il à l’instar du sucre? Peut-on lyophilliser la fibre de coton comme les spaghetti? Le tout, tout en prenant connaissance de la composition moléculaire de la matière, c’est de se munir d’un fouet, d’un four, et d’expérimenter!

Tu as beaucoup voyagé après tes études en Belgique. Après t’être confronté à tant de cultures (pays arabes, Japon), pourquoi avoir finalement choisi l’Italie, et pourquoi Milan?

Je vis en Italie depuis fin 2002. Les raisons pour lesquelles je suis restée sont différentes de celles pour lesquelles je suis venue. Dans l’ensemble, je suis toujours très enthousiaste de vivre en Italie mais j’essaie que mon travail soit indépendant du lieu où je vis. L’aspect qui m’émerveille le plus est le côté très humain, dans le bien comme dans le mal…

Tu as sorti il y a peu un e-book, Cooking Material, fruit de tes expérimentations culinaires sur les matériaux. A qui s’adresse-t-il? Plutot aux fabricants de matériaux isolants, aux chimistes toqués, aux cuisiniers en mal d’inspiration ou aux designers gourmets?

L’e-book s’adresse à un public curieux. Malgré le mot « cooking » dans le titre, il ne s’agit pas d’un livre traditionnel de cuisine mais plutôt un essai: comment créer un matériau en s’inspirant d’une recette de cuisine. La cuisine est une source de connaissance en ce qui concerne les changements d’états des matières et la conservation de celles-ci. Audrey Tardieu, ingénieur chimiste spécialisée en gastronomie moléculaire, a été d’une aide précieuse.

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L’idée d’utiliser la cuisine comme outil méthodologique de recherche, ça t’es venu comment?

Mon expérience de designer de produit m’a appris qu’il y a énormément d’innovation dans le changement d’état de la matière (bois liquide, textile en spray…). De plus, l’industrie cherche à contrôler la durée de vie des matériaux (plastiques dégradables, bois résistant aux moisissures, etc..). La cuisine, ou mieux la gastronomie moléculaire, est une science experte sur ces deux thèmes: il suffit de considérer un matériau comme un ingrédient d’une recette!

Ces recherches ont-elles déjà trouvé des champs d’application, te permettant de joindre à leurs fruits tes talents de designer produit? Ou le but est-il ailleurs, dans la recherche pure de nouvelles méthodologies applicables au design?

J’espère que mon travail inspirera d’autres personnes à être à même de développer de nouveaux champs d’applications et produits. De mon côté, l’e-book explique une méthode: la découverte par la serendipité. Les workshops illustrent les applications possibles avec ces matériaux inventés, pour un public d’enfants et adultes. Cette fois-ci, mon travail est de la sensibilisation à l’innovation et à la créativité.

Une petite recette moléculaire à dévoiler pour les lecteurs toqués?

Ce que je propose c’est de la connaissance, du savoir-faire, mais rien n’est comestible! Pour créer, par exemple, une mousse: il suffit de mélanger dans un verre en plastique une cuillère à soupe de talc, de levure chimique et d’eau. Bien mélanger avec la cuillère et retirer rapidement celle-ci. Une mousse instantanée se forme. Les explications de ce phénomène se trouvent dans ma recette de beignet de pulpe de cellulose!

Laurence Humier www.missdesign.it Cooking Material. La gastronomie moléculaire permettra-t-elle de découvrir de nouvelles matières? (en collaboration avec Audrey Tardieu, ingénieur chimiste) est en vente ici et ici

27 février 2013
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5 Comments to Entretien avec Laurence Humier, material chef…

  1. La mousse ne se mange pas ok, mais le beignet de cellulose lui il se mange ? (Ah ça me travaille ton interview).

  2. la pintade aixoise on 27 février 2013
  3. @la pintade aixoise: je crains que non, puisqu’il est à base de papier…

  4. flou on 27 février 2013
  5. Ca manque un peu de spontanéité, qu’en pensez-vous ?

  6. matchingpoints on 27 février 2013
  7. @matchingpoints: on est plus ici dans l’idée d’expérience scientifique que dans la création pure, c’est le procédé qui est interrogé, non la genèse de l’idée (et c’est là toute la différence avec de la vraie cuisine, selon moi ^^)

  8. flou on 27 février 2013
  9. Rah j’suis déçue, déçue 😉

  10. la pintade aixoise on 7 mars 2013

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