Fonderia Battaglia, de cire, de bronze et de magie…

giuseppe penone bronzo

Si je n’ai pas encore pris le temps de vous parler de la fonderie de bronze Battaglia, visitée il y a quelques semaines déjà, ce n’est certes pas par manque d’interêt, mais plutôt parce qu’ayant adoré la visite, j’ai eu envie de prendre mon temps pour vous raconter. Il faut dire que, m’attendant un peu à un parcours à l’antique entre des rangées de bustes brushés, j’y allais au départ un peu en trainant les pieds… Heureusement, les premiers pas dans la cour ont eut raison de mon snobisme: y trônait alors l’un des monumentaux arbres de bronze de Giuseppe Penone, célèbrissime artiste italien et chef de fil de l’Arte Povera cher à mon coeur. De quoi me clouer le bec et me disposer, tous yeux et oreilles ouverts, à m’émerveiller. Bien m’en a pris, car ce repaire d’artisans au savoir-faire aujourd’hui rare recèle, qui l’eut cru, d’une étonnante modernité…

artisanat milan fonderie bronze

fusion à cire perdue

Le parcours de visite entraîne le visiteur à la découverte du cycle de production: du moulage au modelage des évents, du choix de la cire aux multiples finitions, du stockage des moules à la cuisson des pièces… Je suis bluffée par la méticulosité des gestes des artisans, effectués mille fois mais jamais baclés, et par l’apparente simplicité du procédé entre leurs mains expertes (la jeune artiste qui nous guide m’assurant au passage qu’ayant déjà essayé, c’est bien plus compliqué qu’il n’y paraît).

fonderia artistica battaglia milano

Plus encore que des lieux traversés- des espaces épatants, vastes et lumineux, avec des fours immenses, des briques, des outils et des seaux de matière brute disséminés ça et là, je m’entiche peu à peu du discours: ici, plus que l’ancien, on aime le vrai, l’honnêteté de la démarche et le respect de la matière, et toute oeuvre, de la plus classique à la plus expérimentale, mérite l’interêt si tant est que la matière première et les procédés soeint utilisés intelligement. Si l’on fait fi des finitions artificielles par exemple, l’oxydation naturelle offrant à elle-seule une palette assez vaste, on se réjouit du travail des artistes en résidence qui viennent étudier toutes les possibilités de la matière pour mieux l’apprivoiser.

fonderie battaglia visite milan

Si, évidemment, la vue des fours monumentaux m’a immédiatement inspiré le fantasme de quelque workshop boulanger, il semblerait que la deuxième vocation des lieux soient plutôt musicale, et que l’acoustique privilégiée se prète à des rendez-vous mensuels, concerts pour mélomanes, tas de sable et cire en fusion…

fonderia battaglia milano

Un endroit comme je les aime, riche de traditions mais sans prétention, avec une disponibilité envers les profanes et la nouveauté comme on aimerait la rencontrer partout, et une volonté d’échanger, nonobstant les difficultés (ne nous le cachons pas, l’âge d’or de la sculpture en bronze est un peu passé, et les rails qui permettaient avant de livrer les pièces directement au cimetière Monumentale richement orné ne sont plus là que pour le cachet), et d’avancer avec son temps. J’en veux pour preuve l’imprimante 3D aperçue dans un coin: il semblerait que les résines utilisées, fondant à peu près à la même température que la cire, soient des supports parfaits pour l’expression des designers d’aujourd’hui, moins doués pour le modelage que pour le dessin sur logiciel 3D!

fondeur historique milan visite atelier

moules atelier bronze milan

J’aime bien quand tout se mélange, apprendre dans le même temps qu’avant le silicone, on utilisait de la gelée de pomme pour les moules, et que la recherche pour améliorer les procédés de restauration passe par le recours à des techniques de pointe comme les  ultrasons ou la microfusion sous-vide (je ne sais absolument pas de quoi il s’agit mais je suis sûre que, là aussi, des applications comestibles sont possibles). Et puis, ai-je besoin de le dire, la vue de tous ces moules empaquetés comme pour un pique-nique de titan, ces contreformes en vrac tout juste estampillées d’un « penone varie » (genre Giuseppe a encore laissé trainer ses trucs, on les lui a mis de coté), et ces teintes sableuses relevées d’un rouge de cachet royal, rien que d’y penser, ça me donne envie d’y retourner!

Fonderie artistica Battaglia – Via Stilicone, 10 – Milano (visites sur rdv de 9h30 à 13h, 14h à 17h, réservation au +39 02.341071)

6 octobre 2014
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2 Comments to Fonderia Battaglia, de cire, de bronze et de magie…

  1. Merci pour cette pépite !

  2. Heidi on 8 octobre 2014
  3. je ne sais plus si j’ai déjà un laisse un petit mot ici, je crois… Je profite de 3 choses pour réparer mon erreur au cas ou…
    1) je suis tombée sur ce fabuleux site cherchant de bonne idées de visites / balades /resto pour une virée avec ma chère petite maman à Milan… Elle était ravie (casa galimberthi sur ton conseil). En cherchant toutes ces infos, je n’ai pas pu me retenir de cliquer sur « recettes », bien m’en a pris, aujourd’hui je reviens chercher le levain-héros, ça y est : je vais me lancer. Avec l’accord de mon cher et tendre (pour la garde en mon absence). Je suis un peu jalouse parçe que lui ayant montrer une photo, il est subitement tombé en adoration pour la fille qui réalisait des pains comme ça…

    ENfin, en me mettant à jour, je suis tombée sur cette article sur la fonderie et l’arbre de Guiseppe Penone et justement une belle exposition se prépare au musée de Grenoble, j’ai hâte (grenoble milan 5h en TGV ter).

    Voilà tout. J’aime beaucoup lire tes billets spontané, même si je n’habite pas la bas.

  4. Eugénie on 10 novembre 2014

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