Instant culturel de début d’année…

pigeon livre

J’avais commencé cette chronique en janvier, me plaignant de ce que les vacances de Noël ne m’avaient pas laissé le loisir de lire autant que je l’aurais voulu… Mais depuis je me suis rattrapée, comme la longueur de cet instant culturel va vous le prouver!  Des livres brefs et des pavés, des classiques et du frivole, des romans au long court et des livres de la bibliothèque dont la durée sous l’oreiller est soumise à délais! Ah, et aussi j’ai fini Proust, olé!

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proust le temps retrouvé

Vous vous souvenez peut-être de cet article (faut réviser hein) où je disais mon rapport mi-amour mi-haine pour la recherche du temps perdu de Proust, ses longueurs et ses obsessions, le défi qu’il représentait et l’hypocrisie de ceux qui crient au chef-d’œuvre sans même l’avoir feuilleté. J’avoue qu’il y a eu des moments où je n’en pouvais plus de Monsieur de Charlus, d’Albertine, de Morel, de Swann, d’Odette and co, de ces insupportables snobs Guermantes et de cette introspection permanente. Et d’autres où j’ai été éblouie -des remarques si justes qui émaillent le texte, sur les gens, les souvenirs qui se transforment avec le temps et le désir si humain de figer l’instant.

J’avoue que, ce qui m’a fait tenir souvent, c’était la promesse faite par une lectrice du retour de la madeleine au dernier tome et une interview de Jean-Louis Murat où il disait que, si effectivement c’était un peu long, une fois arrivés au bout on avait envie de tout relire. Si mon enthousiasme ne va pas jusque là, c’est vrai que le temps retrouvé est de loin le meilleur de la série. J’ai lu ensuite que les 1er et dernier tomes ont en réalité été écris en premier, et les volumes intermédiaires rédigés dans un second temps pour étoffer la thèse de l’auteur sur le temps et l’écriture; il n’est donc pas étonnant que l’essence de l’ouvrage se densifie dans ces deux opus. Le dernier tome est ainsi le plus riche, sans pour autant être le plus épais, et puis les pages défilent et on prend conscience de l’intérêt que peut revêtir introspection poussée loin, et l’analyse des impressions qui nous ramènent dans un passé lointain.

Mais je ne vous en dirai pas plus, il va falloir vous y mettre! Sachez juste que les dernières pages sont jubilatoires et que quand j’ai vu s’afficher le mot FIN, bien avant la fin de mon édition qui présente 200 pages de notes au moins, j’ai halluciné et presque regretté qu’il n’y ait pas un tome 8! Ce livre m’a finalement accompagné un bon moment, en dents de scie, de loin en loin, je dirais pendant 6 ans au moins, ce n’est pas rien!

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noel dino buzzati

Si vous avez dans votre entourage des anti-Noël italophones (ou que vous-même faites partie de ces rabats-joie du 24 décembre), j’ai ce qu’il vous faut! L’auteur milanais Dino Buzzati, ne supportant pas les dérives commerciales et les obligations mondaines liées aux fêtes de fin d’année, était cependant contraint chaque année de publier un article ou un récit sur Noël dans le Corriere della sera, le journal pour lequel il travaillait. Un exercice auquel il s’est soumis avec une étonnante bonne volonté, tout en n’oubliant pas, dans chaque histoire, de distiller une pointe de vengeance… Entre contes ironiques sur l’échange des cartes de vœux, récit du crash d’un avion le jour du réveillon, une maison à bas prix mais vendue « sans l’esprit de Noël » et histoire d’un panettone acheté au marché noir, on sent l’immense déception qui accompagne à chaque fois ce jour où la joie et la bienveillance semblent être des obligations. En fait, on peut dire que Dino est un déçu, tellement fan de l’idée de Noël qu’il préfère le fantasmer que le vivre vraiment puisque chaque année, le panettone ne suffit pas (c’est le titre du recueil de textes) à éveiller en lui autre chose que de l’ennui…

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ce dont je suis certaine

oprah winfrey

Proust, Buzzati… Je me suis dis que vous alliez finir par me prendre pour une snobinarde de la littérature, alors j’ai aussi lu la biographie d’une animatrice américaine de talk-show (et ouais). Plus sérieusement, je me suis laissée tenter à la bibliothèque par ce livre d’Oprah Winfrey pour son titre Ce dont je suis certaine (titre original: What I know for sure qui reprend les textes de la rubrique du même nom de son magazine sobrement intitulé O.) C’est intéressant je trouve de s’interroger sur ses propres certitudes, surtout pour une femme au parcours incroyable d’afro-américaine née dans une famille pauvre du Mississippi à l’époque de la ségrégation et devenue milliardaire. En 1998, à l’occasion de la sortie du film Beloved, un critique de cinéma lui demande ce dont elle est certaine dans la vie et elle reste muette… avant de faire de la question l’intitulé de sa chronique mensuelle. Est-ce honteux d’avoir des certitudes?

Sous le sommaire du Glamour de janvier (décidément le niveau redescend!) il y avait une infographie sensée diviser le monde en deux catégories: ceux qui réussissent et ceux qui échouent. Le genre de test où tout le monde se reconnait dans le premier groupe. Dans les attributs des losers, il y a la peur du changement, la rancune, les cancans, l’absence d’ambition personnelle et le fait de penser « tout savoir sur tout ». Évidemment ceux qui croient tout savoir sont d’insupportables fats, et les gens bourrés de certitudes témoignent rarement d’une ouverture d’esprit galopante, cependant je crois qu’on a le droit de se demander vraiment s’il y a des choses, dans l’absolu, qu’on place au dessus du reste. En fait, le simple fait de se demander de quoi on est certain nous épargne déjà les certitudes toutes faites et nous oblige à la contradiction, à l’auto-correction. C’est à cet ardu exercice que se livre ici Oprah, entre tentations mystiques, thèses trop évidentes de développement personnel et de vraies illuminations parfois. Ça donne envie de s’y mettre en tout cas!

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macadam jean paul didierlaurent

On m’avait proposé il y a quelque temps de recevoir le liseur du 6h27 de Jean-Paul Didierlaurent et, trop prise à ce moment-là, j’avais décliné l’offre. En lisant ensuite moult avis dithyrambiques sur le livre, j’avais regretté d’avoir été raisonnable et, quand l’éditeur m’a proposé Macadam, le recueil de nouvelles de l’auteur, j’ai foncé! Déjà l’auteur est vosgien, il gagne donc 10 points d’emblée (notez les gros arguments critiques, on voit que j’ai lu Proust hein?), et puis sur les 11 nouvelles qui composent l’ouvrage, 9 ont été distinguées par des prix aussi variés que le prestigieux prix Hemingway, le prix de la ville de Dieppe, celui de la Poste et France Télécom ou encore le prix Bérenger-de-Frédol de Villeneuve-lès-Maguelone (si). Ainsi Macadam regroupe t-il autant de petites pépites, écrites sur 10 ans et sans autre rapport entre elles que d’être impertinentes et originales, taillées pour gagner. Tenant parfois du drame comique (un moustique écrasé sur une partition épargne le taureau d’une corrida), tantôt doucereuses et cruelles (la claque de « rose sparadrap » ou l’horreur dans la tête d’une petite fille), tantôt comique: dans In nomine Tetris, un pretre écoute ses ouailles se confesser en jouant à la Game Boy… Toutes disent l’inépuisable source que sont les humains, dans le mal comme dans le bien, quand la plume est tenue par un bon écrivain. Macadam – Jean-Paul Didierlaurent

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l'énigme stefan zweaig

Ensuite je me suis plongée dans la lecture de L’énigme Stefan Zweig de Francis Huster. Si j’ai lu beaucoup de nouvelles et essais de l’écrivain viennois, je ne connaissais pas grand chose de sa vie, et c’est peu dire qu’il a été dur pour moi de la découvrir au travers des yeux de l’auteur-comédien Francis Huster qui juge plus que durement ses faiblesses d’hommes tout en encensant le talent de l’artiste. En admirateur sincère, il ne lui pardonne pas son attitude pendant la guerre, sa tiédeur et son refus de prendre position contre Hitler et de s’ériger en porte-parole des juifs, sa fuite à l’étranger, jusqu’à son suicide enfin au Brésil, loin d’une Europe déchirée qu’il a renoncé à voir sauvée. Sans pitié pour son aveuglement pacifiste, il piétine sa lâcheté tout en reconnaissant son génie, et c’est sans doute ce qui rend l’ouvrage difficile à cerner: un vrai antagonisme aurait contaminé son admiration pour Zweig, alors qu’on sent ici chez Francis Huster une vraie déception de ne pouvoir respecter sans limites celui qu’il a incarné au théâtre et sincèrement admiré. Cette dualité des sentiments, n’est-ce pas justement celle qui a animé Zweig le pacifiste aveuglé, l’amoureux des idées refusant de se soumettre à une idéologie politique ou d’affronter la réalité, le rêveur passionné qui, quoique conscient et engagé, n’a pas mis son génie au service d’une juste cause et en a jusqu’à la fin porté la culpabilité?

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livre garance doré

garance doré love style life

Côté frivolités, je n’ai pas résisté à acheter Love x Style x Life, le livre de Garance Doré! Un achat compulsif et vaguement honteux (le prix de trois bons romans en poche, quand même!), mais que je n’ai finalement pas regretté. On y retrouve tout ce qui est plaisant dans son blog: cette façon de rester simple perchée sur des talons, de raconter son ascension sans omettre ses erreurs et ses déceptions et d’avoir l’air comme tout le monde (en mieux sapée, mais comme si là n’était pas la question)… Dans sa façon de se livrer sans fards, on sent aussi une immense confiance, en elle-même, ses lecteurs, sa passion, qui lui a permis de se tailler une place dans un milieu tellement snob et fermé, et d’imposer une certaine vision du monde, élégant, décomplexé et tellement français, depuis son studio new-yorkais. Garance distille au détour d’anecdotes personnelles ses conseils pour être belle, assurer au boulot, décompresser et décomplexer! De manger du chocolat, d’avoir un vernis écaillé, de vieillir, d’être bizarre, de ne pas vouloir décider… C’est bien fait, décalé et frais, ça m’a donné envie de prendre une assistante, d’envoyer des notes de remerciements à tout va comme les new-yorkais et de me recouper les cheveux (mais ça, ça me prend tous les 2 ans, vous le savez). Au final, ce que j’ai le plus apprécié, c’est le grand élan de bienveillance contenu dans ce livre: Garance kiffe sa vie et en remercie tout ceux qui y ont contribué: ses amours, partenaires, lecteurs, inspiratrices, amies, la page des mercis est longue comme ça et en tant que lectrice du blog, même moi j’en suis! Garance, merci!

Je m’arrête là mais en vrai, il y a aussi deux excellents polars dont je veux vous parler mais je sens que cet article va être indigeste, je vous ferai plutôt un article spécial « nuits blanches » qui leur sera dédié! Y’a un article spécial Bd dans les brouillons aussi, avec plein de découvertes sympas… Finalement, je me débrouille pas trop mal pour une fille qui n’a pas le temps de lire et dont la pile près du lit ne cesse de s’agrandir!

15 février 2016
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