Instant culturel de mai, mes lectures confinées

conseils lecture confinement

Nous y voilà… Le confinement strict est terminé, et voici venu de faire le bilan des lectures du moment. Mon rythme est plus ou moins resté le même que d’ordinaire, et même si je me suis parfois sentie frustrée de ne pas avoir de libraire ou de bibliothécaire sous la main, la PAL près de mon lit contenait assez de variété pour me permettre, non seulement de tenir, mais aussi de varier les plaisirs! 

crucifixion en rose henry miller sexus

Sexus – Henry Miller : Trouvé dans une boite à livres il y a plusieurs mois, cet imposant livre orange attendait son heure et il me fallait bien un confinement pour braver la tendinite et imposer à mes petits biceps ces 666 pages de lecture! 666 pages de réflexions souvent passionnantes et parfois crues sur la vie, la liberté et l’écriture. La langue est riche et belle et on en vient à regretter que le texte soit émaillé de scènes érotiques d’un ennui profond, dont l’auteur pense pimenter son texte mais ne fait que le parasiter.

Loin d’alléger la lecture, elles la ralentissent, et je me suis prise à bailler souvent en découvrant les frasques du narrateur avec sa femme, son ex-femme, celles des autres et bien d’autres encore, silhouettes féminines bâclées dont la rencontre n’apporte pas grand chose au texte, et surtout pas le souffle de liberté que l’auteur a sans doute cru lui donner. Une lecture intéressante donc, mais peut-être pas suffisamment pour que je me mette en quête des 2 autres volumes de la trilogie La crucifixion en rose dont cet ouvrage est le premier tome !

le club des pendus tony parsons

Le club des pendus – Tony Parsons : Je l’avais commencé il y a fort longtemps et n’avait pas réussi à dépasser le premier chapitre, mais je savais bien que j’allais y revenir. Chez Parsons les premiers chapitres sont toujours abrupts, dérangeants, violents, et donnent le ton du thriller sans prendre de gants. Je le savais d’expérience, forte de la lecture de l’excellent Des garçons bien élevés en 2016, puis de Des anges sans visages en 2017 dont les premières pages avaient déjà ce caractère percutant. Mais il faut croire que là, je n’avais pas les nerfs pour supporter ça. Aussi avais-je gentiment remisé l’ouvrage sur ma PAL avec l’intention de m’y remettre quand mon humeur s’y prêterait mieux.

Après les longueurs de Sexus, j’avais justement envie d’une lecture plus directe, un truc qui te prend et ne te lâche pas, un livre à lire d’une traite en se rongeant les ongles. Bingo! L’heure de lire Parsons était enfin venue! A t-il tenu ses promesses? Diable oui! Ce fut un plaisir de retrouver l’enquêteur Max Wolfe, cette fois sur les traces de mystérieux exécuteurs qui, s’inspirant des méthodes d’Albert Pierrepoint, le dernier bourreau anglais, châtient ceux que la justice a trop chichement condamnés. C’est brillant, haletant, on s’y interroge sur la notion de justice, sur la morale de nos société, et sur le rôle de ceux – policiers et juges – sensés les faire respecter. Tout ça sans presque sourciller, pris dans la frénésie de l’enquête, attaquant à pleines dents dents l’index une fois l’ongle du pouce ratiboisé!

tatiana de rosnay spirales

Spirales – Tatiana de Rosnay : Histoire de ne pas me replonger tout de suite dans un pavé, ça m’a semblé une bonne idée de piocher dans ma PAL de petits romans, à lire en un aprèm ensoleillé sur le balcon. Récupéré lors du déménagement de ma sœur l’année passée, il attendait depuis avec d’autres livres du même auteur (allez viens soyons fous, on dit « de la même autrice »*!). Et effectivement, ce fut assez vite lu, même en comptant le temps perdu à soupirer et à lever les yeux au ciel.

Car si j’ai bien aimé l’histoire, les personnages sont quand même drôlement stéréotypés (les gens bien sages d’un coté et les délurés de l’autre, les hésitants et ceux qui ne doutent jamais) et si on m’avait donné une perle à chaque fois que j’avais lu un poncif, j’aurais eu de quoi me faire un beau collier, et peut-être même des boucles d’oreilles assorties et un bracelet… Ça a suffit à me gâcher la lecture, et je ne vous parle même pas de la fin (je ne peux pas spoiler mais merde, il y a des tours de passe-passe qui devraient être interdits (dans le genre « it’s never twins » comme dirait Sherlock)). Dommage dommage, j’avais adoré sa biographie de Daphné du Maurier, mais sur ce coup-là l’autrice et moi on ne s’est pas trouvées…

le liseur de 6h27

Le liseur du 6h27 – Jean-Paul Didierlaurent : Autre livre récupéré chez ma sœur, j’en étais très curieuse pour en avoir énormément entendu parler à sa sortie, et pour avoir beaucoup aimé Macadam, le recueil de nouvelles de l’auteur sorti peu après. Mais là aussi mon avis a été mitigé (je crois que le confinement m’a rendue impitoyable), et je suis partagée entre enthousiasme et irritation. L’histoire est chouette et bien menée, les personnages intéressants et les situations suffisamment insolites pour éviter les poncifs et les clichés. Mais il y a dans tout cas quelque chose de beaucoup trop gentil, facile et bien pensant, un je ne sais quoi qui m’a irrité de bout en bout. Étrangement, le début m’a rappelé le livre Hü de David Dolo lu en 2019, qui commence un peu sur le même ton, par un personnage dans les transports, las de sa vie quotidienne, mais qui ensuite nous emmène loiiiin dans les territoires de l’imaginaire (du coup je l’ai faire lire au Mec pendant le confinement). Ici en revanche, on sait très vite comment ça va finir (spoiler : bien) et malgré de bonnes trouvailles on n’est jamais très surpris. J’ai trouvé ça d’autant plus dommage que l’univers est riche et le tout bien écrit.

stephen king Richard Chizmar

Gwendy et la boite à boutons – Stephen King / Richard Chizmar : Je l’avais gardé comme une pépite, coincé dans ma PAL en attendant son heure. Offert au Mec l’année dernière, ce tout petit livre écrit à quatre mains était tout à fait ce qu’il me fallait un certain après-midi de confinement où la déprime pointait. Je crois que quand je lis un livre de Stephen King, le plaisir vient tout autant de la lecture elle-même que de l’effet « madeleine de Proust » qu’il me procure. Avec William Irish, il a été l’un des premiers auteurs dont j’ai voulu tout lire avec frénésie quand j’étais ado, le premier auteur dont j’ai été « fan » si l’on peut dire (et dieu sait si depuis la liste s’est allongée). Ici encore, en à peine plus de 150 pages, la magie opère et l’on retrouve ce mélange de vie quotidienne criante de vérité et ces incursions fantastiques qui surgissent sous l’apparente banalité.

Et puis je suis fascinée par les histoires écrites à plusieurs, je n’arrive pas à comprendre comment ça marche, comment c’est possible, tant pour moi l’écriture est quelque chose d’intime, dont on ne sait soi-même ce qui va émerger avant de l’avoir formulé. Ça m’a interrogé pendant toute la lecture du bouquin (j’ai lu qu’ici les auteurs avaient écrit chacun à leur tout… ça me parait insensé!) et j’aurais tellement aimé pouvoir voir les ficelles, avoir accès aux révisions du textes, savoir qui a écrit quoi… Une autre bonne raison d’aimer ce livre, si jamais ça manquait!

docteur sleep shining stephen king

Docteur Sleep – Stephen King : Evidemment, en tant que fan, je suis soumise à une certaine frénésie et je lutte depuis des années pour ne pas épuiser la bibliographie du King trop vite. Du coup, comme pour tous mes auteurs préférés, je garde de la marge en laissant de coté quelques romans en attente. Celui-ci, la suite du mythique roman Shining, faisait partie de cette catégorie, et attendait bien sagement son heure. Il faut savoir que j’ai lu Shining il y a trèèès longtemps (genre il y a 20 ans) (ce qui est vraiment très étonnant vu que j’ai 20 ans!) et que je n’ai jamais vu le film pour ne pas superposer d’autres images sur mes souvenirs du livre que j’avais adoré (difficile pour moi déjà de ne pas voir Nicholson quand je pense à Jack Torrance, rien qu’en ayant vu l’affiche du film). J’attendais donc beaucoup de ce deuxième opus, et m’étais même promis de relire le premier avant d’entamer sa lecture. Le confinement en aura décidé autrement et, n’ayant pas d’exemplaire de Shining sous la main, je me suis attaquée à la suite sans avoir rafraîchi ma mémoire…

Et pourtant, 20 ans après, la magie a opéré, et la mémoire m’est peu à peu revenue. Dès les premières pages, les images de l’hôtel Overlook, des buis taillés et de la salle de bal me sont revenus en tête, mais aussi l’utilisation de l’italique pour les pensées parasites, et cette manie de Torrence de croquer les cachets d’aspirine sans eau pour lutter contre la gueule de bois ou les voix dans sa tête. Pourtant ici, point de Jack Torrance en vue, car c’est le petit Danny devenu grand que l’on suit. L’enfant au tricycle frise aujourd’hui la quarantaine, il picole pas mal à son tour, peine à se fixer quelque part et, comme si ça ne suffisait pas, il voit toujours les morts et entend toujours des voix. Trente-six ans après son père, c’est à lui d’affronter ses démons intérieurs et ceux, non moins dangereux, qui hantent encore les ruines de l’hôtel Overlook. Le frisson est toujours là, la magie aussi!

rebecca daphné du maurier

Rebecca – Daphné du Maurier : Acheté après avoir lu la biographie écrite par Tatiana de Rosnay dont je vous parlais un peu plus tôt, ce livre aussi attendait gentiment le bon moment pour sortir de sa gangue de poussière. Ici j’ai vu le film avant de lire le livre, mais ça n’a pas gâché le plaisir de la lecture, le livre étant bien meilleur que l’interprétation d’Hitchcock (que l’autrice n’avait d’ailleurs pas du tout aimé). Connaitre déjà l’histoire de cette jeune épousée, écrasée par le souvenir de l’ex-femme de son mari décédée en mer, n’a en rien diminué le plaisir de la découverte. Celle du domaine de Manderley, de la galerie de personnages qui composent la famille, la campagne alentours et le personnel de maison, et celle du mystérieux Maxime de Winter, oscillant entre son personnage de bon camarade et celui de veuf éploré, et dont on ne découvre que trop tard le secret.

Et voilà! Je dois encore finir Femmes qui courent avec les loups de Clarissa Pinkola-Estès avant de pouvoir vous en parler, ainsi que Moon palace de Paul Auster qui m’a accompagnée dans les derniers jours du déconfinement. Si vous le pouvez, soutenez vos libraires préférés qui ont repris le travail, soutenez les auteurs, les éditeurs les moins solides et faites-vous un petit stock de livres dans lequel piocher les jours de pluie, les nuits d’insomnie ou en cas de reprise de l’épidémie! Si vous ne pouvez pas sortir, appelez votre libraire, ils sont nombreux à livrer dans leur rayon d’action, ou faites vos achats sur Place des libraires ou Les libraires.fr.

Et vous, vous avez lu quoi pendant le confinement? Et vous avez mis quoi sur votre liste de lecture de rentrée? Sur la mienne, il y a entre autres Didier Eribon, Edith Warton, Kate Tempest et Evan Ratcliff, et je ne demande pas mieux que de suivre vos suggestions pour l’allonger!

*Je me rends compte par ailleurs que mes instants culturels ont souvent une dominante masculine, et je vais tâcher de donner ici plus de place aux femmes autrices (pas juste pour atteindre la parité mais parce qu’elles le méritent!)

20 mai 2020
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2 Comments to Instant culturel de mai, mes lectures confinées

  1. oh depuis la disparition de Hellocoton j’avais perdu ton blog et impossible de me souvenir du nom. Là je trie tous mes favoris (des centaines sur Chrome) et rien à faire et là ce soir en promenant mon chien en écoutant un podcast américain sur Toni Morrison je crie « complètement flou » !!
    bon voilà, maintenant je vais remonter ton blog avec grand plaisir !

  2. Electra on 20 mai 2020
  3. @Electra: ah mais trop chouette! C’est une belle re-trouvaille pour moi aussi!

  4. flou on 25 juin 2020

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