Instant culturel de mi-janvier (poils au pied)

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Une pause culture à mi-chemin de ce mois gris, avec une baisse de régime sans nul doute due à certaines occupations intellectuelles de choix, hum… Ajoutez à cela des vacances moins profitables que prévu (on ne peut pas à la fois agiter un hochet d’une main, se gaver de papillottes au chocolat blanc de l’autre, et progresser dans la lecture d’un Maigret) et vous obtenez un instant culturel réduit… En taille mais non en variété, cela dit, avec des enquetes, du sport, des légendes paysannes, des mecs à gros biceps et des seins féminins!

Dans le train pour Paris et une fois là-bas, je me suis plongée dans la lecture de Raging Bull, l’autobiographie du boxeur italo-américain Jake Lamotta, de sa jeunesse dévoyée aux rings, de ses plus belles victoires à la déchéance qui le ménera en prison. Ca commence à la dure dans une ambiance glauque à la Suttree, mais en vrai: de taudis du Bronx en coups foireux montés à la hate par les petites frappes locales, entre odeurs de merde, rats patibulaires et souvenirs d’une enfance baclée où son père l’emmenait se battre dans des tripots pour quelques pièces, Jack prendra très jeune le chemin de la maison de correction. Une double aubaine pour le futur champion, qui y rencontrera un ami prêt à l’écouter, et y découvrira la boxe. La boxe dans son plus simple appareil: frapper, faire mal et « n’en avoir rien à foutre de personne ». Pas de quoi redorer le blason du noble art, même si Lamotta y trouvera un exutoire à la rage qui l’habite, et au dégoût de lui-même. Un livre qui réunit la prouesse de passionner sans apitoyer (et la jubilation à la perspective de combats opposants les boxeurs prisonniers aux OJC, jeunesse catholique de NewYork, en dit assez long sur cette étrange fascination) à celle de parcourir, de l’intérieur et dans une brusque ruée, le monde de la boxe des années 40, mieux qu’un laius historique sur la discipline ne l’aurait fait…

polar Raymond Chandler

On change de style, mais on reste dans le noir avec Sur un air de navaja de Raymond Chandler (merci Flo!). Moi qui ne lis plus beaucoup de polars, j’ai été ravie de réviser les codes du genre!  Un détective blasé à l’humour corrosif, des caids aux vitres fumées, un code d’honneur flic-truand toujours prêt à voler en éclats, des secrets bien gardés et des femmes dangereuses et lascives qui sirotent du hauts de leurs tabourets d’interminables drinks… Un talent certain dans l’écriture des dialogues, des personnalités complexes et juste ce qu’il faut d’invraissemblance pour qu’on ait envie d’y croire, et vous avez là de quoi passer un très bon moment! (Et si vous avez des conseils à donner en matière de polar, je prends!)

roman italien

On poursuit avec Le Christ s’est arrété à Eboli de Carlo Levi, ou l’autobiographie d’un intellectuel italien opposé au régime fasciste qui se voit confiné dans un village perdu de Lucanie, où il est prié de se faire oublier… Il y découvre une vie misérable et hors du temps, loin de tout ancrage politique ou culturel. Ici, la nature et les autorités locales font la loi, sur fond de superstitions et de vieilles rancunes. Dommage que l’auteur, convaincu de l’importance de sa propre expérience, ne prenne autant de plaisir à s’en délecter; le livre aurait pu etre réduit d’un tiers sans perdre pour autant de sa force évocatrice et de cette douce langueur qui parfois happe le voyageur…

sophie calle histoires

lettre d'amour

Des histoires vraies +dix de  Sophie Calle. Un livre lu d’une traite pour profiter de la bibliothèque d’une copine, et qui m’a fait le même effet qu’un autre projet de l’artiste: « prenez soin de vous »: larguée sur ces mots, elle en cherchait le sens présumé dans les interprétations des autres… J’aimais l’idée de départ, beaucoup moins ce qui en était issu… Avec ce livre c’est un peu pareil, Sophie Calle raconte par petites touches des histoires de sa vie, par instantanés, parfois touchants et parfois crus, des anecdotes qui l’ont liée aux choses ou aux gens, le tout illustré par des photos qui sont autant de petits poèmes ou de points d’interrogation… Si j’adhère au principe, nombre des épisodes relatés m’ont ennuyé, et leur pseudo-voyeurisme ne suffit pas à éveiller l’intérêt…

enquete de Maigret Vendée

Evidemment, à chaque sélection son Simenon, et celui-ci nous emmène en Vendée dans la maison du juge, où se trament de drôles d’affaires entre pêche au bulot, receptions mondaines et patates sous la braise…

Voilà pour cette fois! J’ai encore en cours de lecture un interminable livre de Sarraute (je voulais me guérir d’un dégoût éprouvé au lycée, je crois que c’est raté), un roman sur l’Italie dont je tente la lecture pour la 2e fois, et un improbable succès italien primé…

Et vous, que lisez-vous? Vous avez un style préféré ou vous lisez de tout? Vous visitez aussi les bibliothèques de vos hôtes ou il n’y a que moi qui ait cette soif d’imprévu?

18 janvier 2013
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6 Comments to Instant culturel de mi-janvier (poils au pied)

  1. Choix hétéroclite ici comme nous ; nous lisons tout et quelques fois n’importe quoi : du français (assez peu), de l’anglais (beaucoup mais pas souvent en VO hélas!), de l’allemand et de l’italien (modérément). Des vieilles lectures dont on se souvient avec plaisir (vous êtes un peu dure avec Carlo Levi, un monument qui a été longtemps bien plus connu que Primo!), des lectures récentes qu’on oublie sitôt faites et qui ne valent pas un post !

  2. Matching Points on 18 janvier 2013
  3. @Matching Points: en ce qui concerne le livre de Carlo Levi, j’ai seulement regretté qu’il soit si long… (dans la narration, pas le texte meme, qui dépasse à peine les 300pages en collection de poche…) quant à moi j’aimerais lire plus en italien, mais je ne dépasse généralement pas les 3 livres par an…

  4. flou on 18 janvier 2013
  5. J’aime bien le travail de Sophie Calle habituellement, j’aimerais bien lire ces textes, tiens.

  6. ohoceane on 18 janvier 2013
  7. @ohoceane: je me contente souvent d’en aimer l’intention ^^ mais certains de ces récits sont très intéressant…

  8. flou on 18 janvier 2013
  9. En ce moment je lis un très beau roman de Renate Dorrestein « Le champ de fraises ». Bluffant! Et je lis de tout comme toi. Ce qui est marrant c’est que mes parents m’ont inoculé le virus Simenon (ils ont tous les deux tout-sans rire- lu!). As -tu lu le Petit Saint? My favorite…

  10. Marie de Bruxelles on 18 janvier 2013
  11. @Marie de Bruxelles: Simenon, je m’en délecte à petit feu… je crois qu’il ne me manque que 2 Maigret pour compléter la collection; quant aux « romans durs », il m’en reste pas mal à découvrir… je laisse faire le hasard… (pas encore lu le Petit Saint!) ^^

  12. flou on 18 janvier 2013

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