Salone del mobile 2015, petite sélection chez Rossana Orlandi

concept store milan rossana orlandi

Je ne voudrais pas faire comme les vieux de la vieille et dire tout le temps que c’était mieux avant, mais j’avoue que la design week de cette année m’a un peu déçue. Et même chez la dame aux lunettes bleues et au chignon, auparavant gage de nouveauté et de qualité, on ne trouvait pas que du bon… J’ai l’impression que la fièvre commerciale a fini par gagner (ou peut-être était-elle jusque là mieux dissimulée?) ce dernier bastion de créativité débridée (non mais le marchand de montre en acier, qu’est ce qu’il fait là?) (et Astier de Villatte qui a désormais sa boutique fixe à l’entrée, c’est moi ou ils payent un loyer?) Si la papesse du design semble n’avoir plus les antennes si affûtées, ça n’empêche pas au lieu d’abriter de belles découvertes (et puis, sérieusement, cette cour fleurie, cette ancienne usine décatie et cette vue sur la parc arboré, j’irais même pour une réunion tupperware). Du coup, tomber en plus sur quelques objets beaux, c’est toujours un peu comme un cadeau. Voici une petite sélection de projets!

On commence avec la nouvelle série de Pet Lamp, ce super projet recyclo-sublimo-éthique qui égaie la cour du concept store depuis plusieurs années déjà. Après la Colombie, et le Chili, c’est au tour des artisans d’Afrique (Ethiopie, Abyssinie) de se frotter aux bouteilles recyclées et d’y appliquer la magie de leur savoir-faire, leurs couleurs, leurs matières. J’adore l’idée d’un projet qui voyage et, loin des logiques de délocalisations, au contraire « localise » son concept et l’adapte pour l’ancrer sur son lieu de production. C’est intelligent, visionnaire, et en plus, c’est beau.

pet lamp abyssinie

pet lamp

pet lamp 2015

Parlons aussi de exactly one sheet, le nouveau défi de l’excellent Piet Hein Eek qui, las de fabriquer des meubles avec du bois de récup’ et des chutes, a décidé de lancer une collection utilisant exactement un panneau de bois, sans déborder, et en entier, puisque même les parties évidées sont ensuite utilisées comme tasseaux ou rivets. Et loin des projets conceptuels à l’esthétique douteuse, on obtient un buffet et une console épurés comme j’en mettrait volontiers dans mon salon!

piet hein eek rossana orlandi

exactly one sheet

J’ai aussi beaucoup aimé les papiers peints en 3D d’Alissa+Nienke. Ça doit être impossible à poser (croyez-en mon expérience d’encolleuse-maroufleuse) mais c’est joli et j’y vois un potentiel déstressant de type bullpack. J’avoue que l’effet à haute dose donne un peu la migraine, je limiterais donc la pose à une zone de surface limitée (également pour tenir compte des problématiques de pose ci-dessus évoquées), mais je trouve l’idée top pour égayer un couloir tristounet ou un pan de mur au dessus d’un bureau pour faire concurrence aux post-it et rêvasser…

papier peint 3d

alissa + nienke fuorisalone rossana orlandi

wallpaper 3d salone del mobile 2015

Et pour finir, même si l’intérêt sur le Fuorisalone n’est pas flagrant sauf pour les zinzins comme moi, je ne peut que saluer Christien Meindertsma qui, invité à réaliser une installation permanente pour le musée TEXTURE, le musée belge du lin, a eu la bonne idée d’y disperser 200 pigeons de lin (également remplis de graines de lin) en souvenir des volatiles utilisés pendant la première guerre mondiale qui étaient basés dans le bâtiment de la compagnie du lin, aujourd’hui siège du musée. (Chez Rossana, il n’en avait amenés qu’une trentaine, mais on était plusieurs à roder autour en espérant une faille dans l’attention de l’homme aux pigeons). Homme qui présentait par ailleurs un très beau livre intitulé bottom ash observatory, le compte-rendu encyclopédique d’une expédition de 160 pages autour d’un seau de 25 kilos de cendres d’incinérateur. En analysant et en triant de façon systématique ces « déchets », il en démontre la grande richesse de composition. Les sublimes photos de Mathijs Labadie font le reste, ce n’est plus un simple résidu terne et mort, on dirait un trésor!

pigeon service musée du lin belgique

Christien Meindertsma

Evidemment il y a eu d’autres jolies choses, plus anecdotiques, que je vous livre en vrac: la fourchette toute mignonne de Keisuke Tsubakimoto, le grill au motif traditionnel japonais de Hitoe (pour faire des french-japanese toast!), le set de couverts Toddlery dessinés au gré de la fantaisie d’une enfant, les lampes Mould de Jan Plechac et Henry Wielgus qui étaient déjà là l’année dernière mais qui sont toujours aussi bien ou encore le projet de lampe-humidificateur de Teresa van Dongen qui, en utilisant la chaleur dégagée par l’halogène pour faire évaporer l’eau, met en avant une déperdition d’énergie d’ordinaire invisible…

oyayubi fourchette main

Hitoe japanese grill

andreu carulla design

moulds lasvit rossana orlandi

teresa van dongen design

Et voilà! Il faut dire que pour apprécier pleinement les projets exposés, il faut souvent lire des kilomètres de communiqués en anglais et papoter avec les designers qui sont des gens très demandés… Il est donc carrément possible que la subtilité d’autres projets m’ait échappé, n’hésitez pas à me signaler tout autre objet ou démarche vus chez Rossana qui ait pu vous sembler digne d’intérêt!

22 avril 2015
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2 Comments to Salone del mobile 2015, petite sélection chez Rossana Orlandi

  1. Je suis une inconditionnelle des travaux de Christien Meindertsma, mais j’avoue qu’avec ces magnifiques pigeons de lin délicatement alourdis sur leur perchoir, j’atteins carrément des sommets de jubilation! L’installation devait être super. En tous cas, merci à toi pour ces jolies sélections. PS: les lampes de la cour on l’air aussi vraiment sublimes! bises

  2. flo on 26 avril 2015
  3. @flo: évidemment, qui mieux que toi peut comprendre! des pigeons, un musée, la Belgique… c’est du sur-mesure! 😉

  4. flou on 27 avril 2015

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