Salone del Mobile 2019 : Dimore Studio

fuorisalone dimore studio

Alors vous allez me dire, qu’est ce que c’est que cet article sur une expo qui s’est tenue il y a plus de 4 mois? Je vous l’accorde, j’aurais du fignoler mon brouillon et publier il y a longtemps déjà, mais en même temps, est ce qu’on n’est pas tous d’accord pour dire que tout va trop vite et que, soumis à un flot constant d’informations, on n’apprend ni ne retient rien? Du coup, est ce que cet article, sorti du flux compact de l’actualité, n’a pas plus de chances de vous interpeller? J’ai envie de dire que oui, tout à fait, même qu’on appellerait ça le slow blogging et qu’on se féliciterait, une fois n’est pas coutume, d’avoir pris le temps de traîner.

dimore studio fuorisalone 2019

Tout ce que je peux essayer de faire, c’est d’être relativement concise, mais ce n’est pas une mince affaire quand on sait que, cette année, Dimore Studio était partout avec pas moins de 4 installations. Dans l’ex cinéma Arti avec une installation pour Au départ, fabriquant français de bagagerie haut de gamme, et une présentation de leurs propres créations en matière de mobilier, de luminaires et de tissus d’ameublement, mais aussi via Solferino dans leur galerie personnelle pour un hommage à Gabriella Crespi, ainsi qu’à la Casa degli Atellani avec une collaboration avec Dior Maison. Excusez du peu!

fuorisalone milano cinema arti

Emiliano Salci et Britt Moran, les deux créateurs du Dimore Studio, ont clairement mené le jeu sur le Fuorisalone de Milan cette année. Ceux qui ont bonne mémoire se souviennent sans doute que je les suis depuis trèèès longtemps, depuis ma découverte des Stanze di Dimore il y a une dizaine d’années, leur galerie du quartier Brera située dans un délicieux appartement de via Solferino au charme délabré et vaguement gothique. A l’époque c’était un peu confidentiel, on s’y rendait en catimini le samedi pour humer cette atmosphère si particulière, un peu bling, un peu dark, et en même temps non dénuée de raffinement. Aujourd’hui, c’est en pleine lumière et en grande pompe que les créations des deux designers s’exposent, pour le plus grand plaisir de ceux qui, comme moi, déplorent que le Salone milanais ne soit devenu un peu trop sage.

Mais reprenons et revenons dans les salles obscures du cinéma Arti désaffecté et les bâtiments attenants. D’un coté, l’installation complètement démente Interstellar présente le mobilier signé du duo sur des podiums translucides où la lumière des stroboscopes dramatise les silhouettes des sofas, tables et autres luminaires aux lignes épurées (mais tout de même agrémentées de touches dorées et d’imprimé léopard). La musique assourdissante qui tourne en boucle* parachève la scène et masque sans peine les Oh et les Ah des visiteurs qui, plus habitués à déambuler dans les ambiances épurés de salons d’exposition, en restent baba. Et c’est vrai que les mêmes objets, présentés de façon de façon conventionnelle, auraient eu une tout autre allure. A vrai dire, je ne suis pas sure que je les reconnaîtrais, tant c’est la mise en scène qui m’a marquée.

fuorisalone dimore studio interstellar

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On quitte à peine cette ambiance électrique de podiums survoltés, et nous voilà à nouveau plongés dans une autre ambiance, plus sombre et mystérieuse. Dans l’obscurité d’une salle dont les fenêtres ont été occultées, cinq grandes malles de la maison Au départ ont été mises en scènes à grand renfort d’éclairs de lumière, de jeux d’eau et d’optique. En clair, ça brille, ça clignote, ça souffle et ça clapote, et puis d’un coup, BAM, plus rien, et vous voilà avec, effet de persistance rétinienne oblige, une grande valise lumineuse changée en sono incrustée dans votre cerveau. Et tandis qu’hagard, vous vous dirigez vers la sortie, tâtonnant pour ne pas heurter la chaise faisant face à une sorte de monolithe façon « Odyssée de l’espace »**, vous revoilà propulsé en pleine lumière, dans une salle où la lueur du jour semble décuplée, à contempler des malles personnalisées pour accueillir les plus improbables fonctions.

dimore studio au départ

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salone del mobile dimore studio au départ

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On voit tellement de choses pendant le salon qu’on peine parfois à se souvenir le soir même de ce qu’on a vu, et j’ai un système de classement très particulier pour me permettre de retenir où a été prise telle ou telle photo, voire parfois ce qui qui m’a plu ou interpellé au moment où je l’ai prise. Mais je n’ai pas eu besoin de ces astuces avec le Studio Dimore, puisqu’avec Le Mec on a passé la journée à reparler de l’installation suivante qui mettait en scène le Progetto Tessuti, la ligne de tissus d’ameublement du duo. Vous avez bien lu !

Certes l’endroit est dingue, et ce dédale de pièces décrépites aux faux-plafonds défoncés et aux carrelages fêlés éclairés au néon fait son petit effet. Mais ce n’est pas tout. Parlons plutôt de ces brocards enrichis d’or, de ces motifs délurés, de ces couleurs franches, de ces panneaux textiles qu’on feuillette en rêvassant, et surtout de ces photos d’Andrea Ferrari, accrochées sur les murs où règnent les coulures de peinture, et qui mettent en scène les textiles maison dans les rues et des lieux milanais.

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Vous en voulez encore? Filez donc regarder la vidéo de présentation de la collection Dimore Studio pour Dior à la Casa degli Atellani, un palais Renaissance dont la magnificence n’a pu être éclipsée qu’en présentant les objets devant de grands aplats noirs rehaussés de dessins à la craie. C’est joli, il y a de l’or et du rotin, c’est réalisé sur commande et bien entendu hors de prix. Ceux qui avait encore un peu d’énergie ont pu prolonger ce tour de la ville by Emiliano et Britt*** en allant admirer l’installation en hommage à Gabriella Crespi à la Dimore Gallery, siège historique du Studio, via Solferino.

Vous comprenez maintenant pourquoi, même 4 mois après, on était obligés d’en parler?!

*On me dit dans l’oreillette qu’un article du Monde l’a identifié comme le titre Eisbaer de Grauzone.

**On va tout bientot reparler de ce film que j’ai mis des années à finir et dont les références me semblent désormais imprégner mon quotidien. Récemment j’ai découvert qu’il était inspiré d’un livre, et dès que j’aurai mis la main dessus on fera le point sur cette histoire de singes, d’intelligence artificielle qui parle et, Oh wait, de la persistance rétinienne suivant cette fichue scène où, lancé dans l’espace à bord d’une capsule, l’astronaute (et le spectateur migraineux) se prennent des flashs de lumière dans les yeux pendant ce qui m’a semblé être 40 bonnes minutes.

***Pour un vrai tour de la ville griffé, je suis tombée par hasard sur cet article où les deux infatigables livrent quelques unes de leurs adresses préférées.

28 août 2019
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