un torticoli et comme une odeur de chou…

Hier je me suis vue empéchée d’apparaitre ici en raison d’un torticoli… enfin, une impossibilité de lever la tête ou de la tourner vers la droite, appelez ça comme vous voulez… aujourd’hui ça va légérement mieux, enfin, disons que j’ai retrouvé une certaine amplitude de mouvement… d’ailleurs il parait que ça me donne un air très digne et distingué (dixit le mec alors que je peinais pour manger un artichaud), façon guindée corsetée… cette façon de tourner le buste pour regarder sur le coté, de garder le cou bien dans l’axe du tronc… moi je dis, elles devaient pas se marrer les élégantes du XVIIIe… Du coup, j’ai passé une partie de la journée d’hier la tête calée entre deux oreillers (ça a l’air chouette comme ça, mais en fait pas trop), à galérer pour tourner les pages de mon Elle sans bouger l’épaule droite (c’est commode je vous jure)… du coup je me sentais pas vraiment dans l’ambiance « youhou levons les bras à la plage » suggéré par la couverture…

ajoutez à ça l’abyssal et contradictoire article « soyons food » p 201 traitant des passionnés de cuisine et mélant dans la meme préparation sous vide les fans de « un diner presque parfait », Jamie Oliver (« un gars cool et mignon qui touille les sauces en se léchant les doigts » sic), ses fans « les mamies », les amateurs de restaurants gastronomiques et le monde de la mode… quel analyse subtile! bravo! et merci pour la pertinence de l’exemple de cette jeune fille qui, depuis qu’elle cuisine, va chez Picard et a « toujours de la pate feuilletée dans son frigo »…

Cuisiner demande du temps, de la patience, et une certaine capacité à voir le produit de son labeur réduit à néant en peu de temps… ce n’est pas juste suivre une recette, ou acheter le dernier ingrédient à la mode… c’est prendre le temps d’élaborer un menu, de faire des kilomètres (à pied, dans mon cas!) pour trouver une farine, un morceau de cheddar, une herbe aromatique; c’est gouter, essayer des mélanges, rater parfois (jamais de romarin avec du roblochon, c’est berk), s’amouracher d’un fruit (le cédrat dans mon cas) un matin sur un marché, et de là chercher un moyen de l’utiliser; c’est bichonner un levain qui prend tout la place dans le frigo et qu’il faut faire garder quand on part en vacances, c’est se muscler à pétrir, se bruler à manipuler des plaques chaudes, saliver en attendant qu’une pate lève, raler en voyant un bord bruni ou une madeleine qui refuse de se bosseler, offrir la fournée aux voisins et tout recommencer, c’est s’enthousiasmer une semaine à l’avance d’un diner qu’on va faire ou d’un moule qu’on va etrenner… C’est pétrir, feuilleter une pate, la faire lever, y façonner des croissants et accepter qu’ils seront mangés en 1 minutes par des affamés ingrats! mais qu’importe!

Tout ça pour dire que non, cuisiner n’est pas « fashion » ni « glamour », j’en veux pour preuve l’état de ma cuisine à la fin de la préparation d’impanadas, la différence de taille entre mon biceps droit et le gauche (je pétris d’une main), l’odeur de friture se dégageant de mon être à la fin de la cuisson des nems et mon air vanné de qui a passé 5h en cuisine à siroter du Martini quand mes hotes arrivent!

Quand au restaurant, je n’y vais quasiment jamais, surtout en France parce que je deteste les chichis qu’ils font et l’utilisation intempestive, depuis que c’est la mode justement, de la déco de table et des assiettes carrées… En Italie c’est mieux, dans ces trattoria où l’on vous sert simplement, comme à la maison, une bonne pasta sans décors mais faite maison, une soupe au bol dans lequel il n’est pas mal vu de faire slurp ou de la purée toute bete pour accompagner un divin poisson…

Imaginez mon état, tout cet emportement et meme pas la possibilité de m’agiter comme il se doit! (enfin vous avez compris quoi, c’est pour rire, ça m’a pas enervé à ce point non plus hein! sauf peut-etre le coup des assiettes carrées au resto! chez soi chacun fait comme il veut, mais pourquoi imposer ça à ses convives hein?) Heureusement que, quelques pages plus loin, la vue de la mer et de mocassins rouges me fait reprendre mon calme, sans parler de mon horoscope lunaire qui m’assure que, si les choses coincent cette semaine (genre mon cou?), ce n’est pas grave… vraiment forts…

24 mars 2010
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